La controverse sur la Shemita
Rav David Dahan- enseignant

Cette "ma'hloket" a commence en 1889 entre les Rabbanim d'Eretz Israël sur le plan idéologique et halakhique à propos de l'application de la Mitzwa de la Shmita en Israël dans les Moshavot.

La cause de la controverse

Shmita et Aliyah

Dés la naissance des premières Moshavot (colonies) au temps de la première Aliyah,(1882-1914),un problème de taille apparut aux pionniers: comment respecter la Mitzwa de la Shmita dans le contexte économique précaire qui caractérise les fermes des immigrants démunis et peu aguerris à l'agriculture .Ce problème sera nommé :" Le problème de la Shmita".

L'année 1889 (ה'תרמ"ט) était l'année de la Shmita, la septième année du cycle agricole.

La Halakha

D'après la halakha , il est interdit de faire aucun des travaux liés à la terre d'Israel.Tout juif est tenu de cesser de travailler sa Terre et de transmettre aux nécessiteux toute production ,sans contrepartie financière .Le paysan a le droit de profiter aussi de profiter de sa production qui aura poussé d'elle-même naturellement ,cependant il lui est interdit de labourer, semer, planter,moissonner et tailler les ceps de vignes.

Le Renouveau de la Shmita

Cette année 1889 (תרמ"ט) était la première Shmita depuis 2000 ans d'arrêt .Une situation nouvelle apparaissait avec le renouveau de l'agriculture juive en Terre Sainte. Le problème était très délicat car nombre de paysans étaient laïques et souvent opposés au respect de la religion et des mitzwot, surtout s'ils sentaient que les lois de la Torah risquaient de réduire leurs maigres revenus ou leur production agricole. D'autre part, les Rabbanim essayaient de passer ce message de Foi fondamental de la Shmita qui était accompagné d'une promesse Divine de prospérité pour les fidèles respectueux de la Shmita (voir Vayiqra 25).

Le dilemme

Avec l'approche de l'année de la Shmita le risque était grand de voir deux classes d'agriculteurs faire jour en Israël: Datim et 'Hilonim (religieux et laïques).Le danger de voir les Arabes remplacer les juifs dans la possession des terres cultivables devenait crucial. De leur point de vue les rabbanim sionistes ainsi qu'une grande partie des religieux considéraient avec une grande émotion combien il était important de respecter la Shmita a la lettre.

Les Rabbins de Jérusalem, avec a leur tète le Rav Yehoshoua Leib Diskin (Maharil Diskin) et le Rav Shmouel Salant décrétèrent qu'il est interdit de se soustraire à l'application de la Shmita et qu'il faut tout mettre en œuvre pour la respecter à la lettre.

La solution: Autorisation de vente

Au contraire, les Rabbins Shmouel Mohilever de Bialistock, Israël Yehoshoua Tronck de Koutna et Shmouel Zanwill Klapfish de Varsovie signèrent une "autorisation de vente "des terres juives a des Goyim (étrangers). Cette vente, limitée dans le temps s'appelle en hébreu :"Heter Mekhira" (היתר המכירה).

La signification de cette "Vente" était que les Terres apparemment vendues à des arabes pouvaient être labourées et travaillées pendant l'année de la Shmita et les paysans Juifs pourraient même récolter leur production et la vendre. Ce procédé ressemble techniquement a la vente du 'Hametz a Pessa'h.

Du cote des détenteurs de la "Takana" de la vente, on trouve le Rav Itz'hak El'hanan Spector (Le rabbin des Juifs de la Gola) .Il émit a son appui la condition que les Rabbins de Jérusalem soient d'accord.

La plupart des Moshavot vont agir d'après ce "Heter"  et travaillent pendant l'année de la Shmita. Cependant certains agriculteurs de Peta'h Tikwa et de Mazkeret Batya respectèrent scrupuleusement la Shmita sans se fier a "la vente". Cette situation de fait entraina un grave conflit entre eux et  le baron de Rotschild (leur bailleur de fonds) qui les traita de fainéants.

La vente

Les raisons de la permission de la vente

bullet Il s'agit de préserver le principe de la Mitzwa de la Shmita dans la conscience populaire des juifs de manière a  ce qu'ils n'en viennent pas à la dénigrer ouvertement
bullet Il s'agit d'aider les agriculteurs juifs à conserver leur statut de fournisseurs de denrées de base et surtout de céréales dans la région, pour cela il ne faut pas qu'ils perdent leur capacité de produire.
bullet Il s'agit de préserver leur situation économique déjà très précaire, car sinon il pourrait en découler une catastrophe ainsi qu'un exode des juifs d'Israël.

Les raisons de l'interdiction de Vente

bullet לא תחנם (lo te'honem) - Il est formellement interdit de céder (vendre) de la terre d'Israël a un étranger - Il est interdit de détourner l'accomplissement des mitzwot et surtout de la Shmita
bullet Le risque de voir dans le futur, même lorsque la situation économique des paysans juifs se sera améliorée, des écarts et des tentations de se servir du "Heter " (autorisation de vente) sans raison.

Les parties opposées

La controverse éclata lorsque tous les Rabbanim de Jérusalem n'étaient pas d'accord sur la décision à prendre : autoriser ou interdire la vente des terrains à des arabes pendant l'année de la Shmita.

bullet Les Rabbanim de 'Hovevei Tsion et à leur tête le Natziv de Volozhin et le Rav Morde' haï Gimpel Yafé ne soutenaient pas le principe de la vente .Leurs raisons étaient qu'ils prônaient une société agraire en Israël fondée sur la Torah et la participation active des religieux.
bullet Les Rabbanim de la Communauté Ashkénaze, surtout  Le Rav Shmuel Salant et le Rav Diskin étaient aussi opposés à la vente.
bullet Du coté des défenseurs du Heter (autorisation) on trouvait les Rabbanim de la communauté Séfarade, le Rav Shaoul Eliashar et le Rav Meir Panigel  ainsi que le Rav Shmouel Mohilever et le Rav Yehoushoua Tronk. Bien sur parmi ceux qui étaient pour la vente (de manière  à pouvoir travailler aux champs …) se trouvaient des intellectuels et  des paysans laïques ('hilonim-'hofshim).

Controverse éternelle?

Plus tard cette controverse se prolongera entre le Rav Kook, Rav de Yafo, Jérusalem et des Moshavot (qui autorisera la vente) et le Ridvaz (Rav Yaakov David ben Rabi Vilonski), le Rav de Safed qui interdisait.

Dans les Kibboutzim et les Moshavim de Poale Agoudat Israël on suivit le 'Hazon Ish (vente interdite) mais vite leur situation économique s'est aggravée au point qu'ils eurent besoin d'aide externe.

La Solution

Il fut accepté de donner des autorisations de vente seulement pour cette année - 1889 -

Cependant le principe du "Heter Mekhira" est toujours en vigueur et tout les sept ans les autorisations sont accordées au grand dam des courants 'Harédim (opposés a la vente).